Et si on passait un week-end avec moins d’écran ?
Le vendredi soir arrive, l’ordinateur professionnel se ferme et le week-end peut enfin commencer. Pourtant, l’écran reste rarement très loin. Quelques messages sur WhatsApp, une vidéo sur Instagram, la météo du lendemain, une notification d’actualité, puis une série regardée sur une plateforme de streaming. Une heure peut passer sans qu’on ait réellement décidé de la consacrer au téléphone.
Il serait peu réaliste de vouloir supprimer complètement les écrans de notre quotidien. Ils servent à communiquer, s’orienter, réserver un restaurant, écouter de la musique ou simplement se détendre. Mais entre utilisation pratique et automatisme, la frontière est parfois devenue difficile à voir.
Passer un week-end avec un peu moins d’écran permet justement de retrouver cette différence, sans avoir besoin de transformer deux jours de repos en retraite numérique.
Le téléphone s’est installé dans presque tous les moments creux
Attendre un train pendant quatre minutes suffisait autrefois pour regarder autour de soi. Aujourd’hui, le geste est presque automatique : la main se dirige vers la poche.
Dans une file d’attente, dans le bus, avant un rendez-vous ou pendant une publicité à la télévision, les petits moments de vide sont souvent remplis par un écran.
Ce comportement n’a rien d’étonnant lorsque l’on regarde l’importance prise par Internet dans la vie quotidienne. Selon les données 2025 de l’Office fédéral de la statistique, 92 % de la population suisse utilise Internet quotidiennement ou presque. Chez les 15 à 29 ans, cette proportion atteint 98 %, et elle est de 97 % chez les 30 à 59 ans.
Enquête de l’OFS sur l’utilisation d’Internet en Suisse
Être connecté est donc devenu la situation normale. La déconnexion, même temporaire, demande davantage d’effort que l’inverse.
Commencer sans chercher à battre un record
Décider de ne plus toucher son smartphone pendant quarante-huit heures semble spectaculaire. Ce n’est probablement pas nécessaire.
Une expérience plus simple consiste à identifier les moments où l’écran apporte réellement quelque chose et ceux où il ne fait que remplir quelques minutes.
Consulter l’horaire d’un train est utile. Lire pour la sixième fois les mêmes actualités l’est beaucoup moins. Répondre à un message important peut être nécessaire. Ouvrir machinalement trois réseaux sociaux juste après n’était peut-être pas prévu.
Cette distinction évite de transformer la réduction des écrans en exercice de discipline.
On peut commencer par supprimer les notifications non essentielles pendant deux jours. Les applications restent disponibles lorsque l’on souhaite les consulter, mais elles cessent de réclamer constamment notre attention.
Le changement est petit, mais il modifie déjà la relation au téléphone : c’est à l’utilisateur de décider quand ouvrir une application.
Le samedi matin est un bon terrain d’essai
La première heure après le réveil est probablement l’une des plus faciles à modifier.
Le téléphone peut rester sur une table pendant le petit-déjeuner. Rien n’empêche ensuite de consulter ses messages ou les informations dont on a besoin.
Cette petite distance évite simplement que la journée commence automatiquement par une succession de contenus choisis par des applications.
Le week-end se prête particulièrement bien à cette habitude car il y a généralement moins d’urgence professionnelle. On peut prendre le temps de préparer un café, ouvrir une fenêtre, lire quelques pages ou simplement réfléchir à ce que l’on souhaite faire de la journée.
Cela peut sembler presque banal. C’est justement le but.
Réduire les écrans ne demande pas forcément de remplacer Instagram par deux heures de méditation au lever du soleil.
Sortir sans transformer chaque moment en contenu
Une promenade, un repas ou une excursion deviennent facilement l’occasion de prendre des photos. Là encore, le smartphone apporte quelque chose : conserver un souvenir est agréable.
Le problème commence plutôt lorsque l’expérience est interrompue en permanence pour être photographiée, publiée ou vérifiée.
On peut prendre quelques images puis remettre le téléphone dans sa poche.
Cette habitude devient particulièrement intéressante lors d’une sortie en nature. Une randonnée ou une simple promenade en ville offre suffisamment de choses à observer sans devoir ajouter constamment une deuxième activité numérique.
Même le trajet peut être différent. Lorsque l’on connaît le chemin, laisser le téléphone rangé plutôt que suivre systématiquement une carte permet de retrouver une attention que le GPS a rendue presque facultative.
Il ne s’agit évidemment pas de se perdre volontairement. Simplement de ne pas utiliser un outil lorsque l’on n’en a pas besoin.
Le soir mérite un traitement particulier
C’est probablement à ce moment que réduire les écrans devient le plus intéressant.
On regarde une série tout en consultant son téléphone, puis on répond à quelques messages avant de passer au lit où l’on ouvre encore une application. Les écrans peuvent ainsi accompagner presque toute la soirée.
L’Office fédéral de la santé publique rappelle que la lumière émise par les écrans peut notamment influencer le rythme circadien. L’OFSP recommande de réduire leur luminosité ainsi que la composante bleue le soir.
Conseils de l’OFSP concernant les écrans et la lumière
Une solution très simple consiste donc à créer une petite coupure avant de dormir.
Pas nécessairement deux heures. Trente minutes peuvent déjà permettre de terminer la journée autrement : préparer le lendemain, lire, discuter ou simplement aller se coucher lorsque la fatigue arrive au lieu de regarder une vidéo supplémentaire.

Retrouver des activités qui n’ont pas besoin d’écran
Le plus difficile avec une déconnexion partielle n’est pas forcément de poser le téléphone. C’est parfois de savoir quoi faire ensuite.
Beaucoup d’activités du quotidien ont migré vers les écrans. La musique vient du smartphone, les recettes de cuisine aussi. Les livres peuvent être numériques et même une séance de sport peut être guidée par une application.
Il ne s’agit donc pas de rechercher artificiellement des activités « sans technologie ».
On peut simplement redonner davantage de place à celles qui fonctionnent très bien sans écran : cuisiner avec quelqu’un, marcher, bricoler, jardiner, lire un livre papier, faire du vélo ou retrouver des amis.
Un après-midi passé dehors peut réduire naturellement le temps d’écran sans qu’il soit nécessaire de surveiller un compteur toutes les dix minutes.
Ne pas remplacer le téléphone par la télévision
Il existe aussi un piège assez évident.
Passer trois heures de moins sur son smartphone pour regarder trois heures supplémentaires de séries ne change finalement pas beaucoup la place occupée par les écrans.
La question intéressante concerne davantage la manière dont on utilise son temps libre.
Un film regardé volontairement du début à la fin peut parfaitement faire partie d’un week-end. Ce n’est pas la même chose qu’une succession de vidéos courtes consommées sans même se souvenir de ce que l’on regardait vingt minutes auparavant.
Le choix compte davantage que le nombre exact de minutes.
Le mode avion n’est pas réservé aux voyages
Les smartphones possèdent déjà plusieurs outils permettant de créer ces coupures.
Le mode « ne pas déranger » peut limiter les interruptions tout en laissant passer certains appels. Les notifications peuvent être désactivées application par application. Les réseaux sociaux peuvent être retirés temporairement de l’écran d’accueil.
Le mode avion est encore plus radical lorsque l’on souhaite lire ou se concentrer pendant une heure.
Aucune application supplémentaire n’est nécessaire.
L’objectif n’est pas de construire un système compliqué de contrôle du temps. Plus les règles sont simples, plus elles ont de chances de survivre après le premier week-end.
Garder ce qui fonctionne le lundi
Deux journées avec moins d’écran ne changeront probablement pas une habitude installée depuis plusieurs années.
Elles permettent en revanche de repérer les usages dont on ne ressent finalement pas le manque.
Peut-être que les notifications d’un réseau social peuvent rester désactivées. Peut-être que le téléphone n’a pas besoin de rester sur la table pendant les repas. Ou que consulter les informations deux fois par jour suffit largement.
Le résultat le plus utile d’un week-end moins connecté n’est donc pas le nombre d’heures gagné.
C’est plutôt de retrouver la possibilité de choisir quand regarder un écran, au lieu de le faire chaque fois qu’apparaissent trente secondes de silence.

